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Le Rock’n’roll ne ment pas, il roule…

Par Tristan Ranx • Apr 29th, 2008 • Catégorie: Infrarouge

C’était encore l’époque des vinyles. Pour 50 francs, c’est-à-dire 7 euros, on s’achetait le dernier disque de Jacno (l’équivalent de 163 francs aujourd’hui…). C’était bien, il y avait encore des Burger King à Paris, et même des Freetime. Les années 1980 reviennent de loin, et c’est pas plus mal pour oublier les gérontes 68-tards qui se la ramènent gravement, style anciens combattants révolutionnaires de la semelle de crêpe. Pff! Au moins, chez Agnès B, on ne tombe pas dans le travers de mai qui pue. Je suis donc assis à côté du chanteur Jacno, allure de Bouddha à la mèche rebelle, placide et philosophe, arborant une belle chemise rouge garibaldienne. A ses côtés, Elie Medeiros, égérie eighties, qui avait troublé mes nuits jadis, toujours belle, plus belle même. Et enfin Yves Adrien, écrivain culte de Novövision, dandy futuriste rock’n’roll et anti-marxiste. Il est coiffé d’une énorme chapka, ses cheveux longs à la Sitting Bull tombant raides sur son visage émacié. Sa main gauche, hommage à Michael Jackson (?), est gantée de cuir noir et une ceinture enserre sa taille fine, un gigantesque logo YSL en guise de boucle. L’homme parle avec une suavité exquise, c’est plaisir d’entendre ses modulations éthérées de la langue française. Il décrit avec un style XVIIIe siècle comment il avait glissé par jeu son doigt dans un vagin consentant, et que ce dernier, se resserrant sur son index le tint prisonnier assez longtemps pour l’inquiéter. Dans le brouhaha de la galerie Agnès B, la voix et les histoires d’Yves Adrien se perdent comme des impromptus de Chopin. Dans “Je chante le rock électrique”, Yves Adrien avait écrit cette phrase prémonitoire :”Les teenagers préfèrent le bubblegum au marxisme, c’est heureux…L’imagerie du vécu dépasse n’importe quelle logique fondée sur un raisonnement. C’est là la force du teenager. L’aventure gauchiste n’est pas, dans le concept musical / électrique qui nous préoccupe, plus importante que la mode du twist ou des bottes à semelles compensées. (R&F 1973). Ces fancies rock’n’roll ne sont pas innocentes, elles remettent aujourd’hui à leur place, l’idéologie de l’inculture ministérielle et autres abrutissements médiatiques de notre temps. Le Rock’n’roll ne ment pas, il roule, quitte à écraser les passéistes sur son chemin. Il suffit de lire (relire) “Lipstick Traces”, (une histoire secrète du XXe siècle) de Greil Marcus, ou le “Temps du Twist” de Joël Houssin pour s’en rendre compte. Au cœur de cette rue Dieu bien nommée, on boit des petits verres de blanc en mangeant libanais. Le temps passe depuis des décennies, nuit après nuit, sur ces monstres stoïciens et Yves Adrien me sert un verre avec un style très Barry Lindon ! Le Rock’n’roll comme le dandysme ne ment jamais, il prend son temps !

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Tristan Ranx is Ecrivain. Lauréat du Prix du magazine Technikart 2008 pour son roman " La cinquième saison du monde" (à paraître).
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