Sur les toits de Paris
May 26th, 2008 • Par Tristan Ranx • Catégorie: InfrarougeLes bandits américains du XIXe siècle avaient un nom pour désigner certaines zones de non-droit ; c’étaient les « Hole in the world ». Il s’agissait de vallées inaccessibles ou la loi et l’ordre ne pouvaient pénétrer. En Corse, on appelle ça le maquis, à Paris, ce sont les toits…Imaginez-vous, une flûte de champagne à la main, équipé pour une expédition nocturne depuis le camp de base : la cuisine. Il faut d’abord que la cordée gravisse les derniers étages dans un silence digne d’une colonne d’indiens séminoles. Il faut ensuite dégager discrètement l’échelle, soulever la lucarne et surgir dans l’univers à la manière d’un tankiste épris de liberté. Voici alors la grande mer de Zinc. L’océan Nyctalope des monte-en-l’air, des chats noirs et des conjurés de la Grande Charbonnerie. Titubant, saoul, inévitablement et dangereusement élégant sur le fil du rasoir, on observe la grande voûte étoilée. On pense alors aux paroles de Malraux mises en avant dans « l’Adieu au roi » de Pierre Schoendorffer : « La patrie d’un homme qui peut choisir, c’est où viennent les plus vastes nuages ’ »(Les Noyers de l’Altenburg). Terre des horizons lointains, contrées de peuples nus et des montagnes magiques, une constellation inédite se dessine au-dessus des toits de Paris. C’est la voie lactée de Tannhäuser et les étoiles Escondida, Pitcairn, Tortuga, Avalon et Bora Bora. Sur les hautes falaises de marbre, nous pouvons jouer au grand Condor en équilibre sur une gouttière. On parle en vers de Mirlitons comme le bandit poète Black Bart. Deux funambules avancent à cloches pieds sur une arête de zinc, escaladant les échelles, explorant les passerelles et se perdant parmi les cheminées. Je m’allonge sur le toit qui conserve la chaleur diurne, chaud et accueillant comme les zincs des rades parisiens. J’ai le gosier en pente et le champagne coule lentement à la manière de ces ruisseaux descendant des fjords chiliens au sud de Puerto Montt. La fenêtre ouverte d’une mansarde laisse s’échapper un air du Far West, celui de Johnny Guitare, « it’s a hole in the world ».
Tristan Ranx is Ecrivain. Lauréat du Prix du magazine Technikart 2008 pour son roman " La cinquième saison du monde" (à paraître).
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de dieu
tristan tu me fais toujours autant rever