VODKACOCA | Sélections particulières et parisiennes

On lâche rien

Le salon du livre, Arte, et l’archipel du goulag…

Me voici dans le plus grand Open bar du monde : le salon du livre de Paris. Le carton d’invitation indique que je suis invité par la ministre de la culture elle même. C’est vrai que je ne suis pas le seul. Une foule énorme d’amis  et de faux amis des lettres et de la culture se presse aux portes sous le regards d’anciens mercenaires serbes reconvertis dans la sécurité. Bienvenue dans le monde merveilleux de l’Édition française. Bienvenue dans le salon de l’agriculture de l’écriture. Hier, les vaches, aujourd’hui les écrivains ! A moins que ce ne soit le contraire… Je m’accroche à la manade qui remonte les allées. L’homme de lettres est un animal grégaire et a plupart des hordes mugissantes se dirigent vers le vortex de l’énorme halles patibulaire: Gallimard! On se croirait dans un embouteillage de gallinacés. Le Seuil se prend un retour de foule. Ça refoule aux entournures. Je n’éprouve aucun besoin de me faire écraser dans cette immense partouze sans sexe et je prend le chemin des écoliers vers l’allée K et ça respire du côté des extrêmes. Cette petite allée est des plus accueillantes, voici le stand Technikart ouvert au tout venant dans la grande tradition de la bohème. Ici, les bouteilles de vodka désaltèrent, et maki et sushi sont distribués dans un grand potlatch populaire. Un bibliothécaire communiste d’Évry, avec collier de barbe de rigueur, s’installe à demeure. Ça fait plaisir à voir! On lui sert la main ! On le félicite pour son communisme bon enfant! Et voila notre bolchévik passer d’un écrivain à un journaliste dans la grande tradition d’une république des soviets ! On s’attend à voir passer Hugo Chavez lui même, avec ses troupes bolivariennes. Pascal , un écrivain français se réfugie dans l’alcôve se plaignant que le stand mexicain ne fasse pas honneur à un pistolero comme lui « Il y avait deux bouteilles de bière qui se battaient en duel pour 300 personnes!» On laisse le Mexique à ses hordes zapatistes, lui préférant la compagnie de philosophes spinozistes, trublions cioranistes, aventuriers D’annunziens, essayistes darwinistes, trublions gonzos… L’allée K est le dernier bastion des irréductibles ! Ici nous somme dans la serre mutante où foisonnent les idées, et les bons mots! C’est aussi un salon éthylique ou de belles jeunes filles viennent s’affaler dans de confortables canapés. On musarde, on flirt entre clins d’œil et fumoir illégalement constitué, bravant ainsi la loi anti tabac votée sous l’Occupation en 1942. Ah ! la belle résistances des réprouvés. Allée K, comme le K des révolutionnaires philippins de la société secrète Katipunan. Ici, sur ces quelques mètres de mauvaise moquette nous avons des lettres et de grands Orphiques qui planent au dessus de nous. Un groupe de barbares composé de nous même, petite horde du ver sacrum, se lance soudain à l’assaut des open bar alentours, l’attaque du CNRS est une réussite, nous poussons plus loin, vacillant comme des saint buveurs. J’aperçois le stand Arte ! Il était une fois la révolution ! Un énorme Banque de Mesa verde clignote soudain au dessus de la noble maison. Moitié Pancho Villa et moitié Taïpan , accompagné par Patrice, écrivain-spadassin pilleur de troncs, nous filons fissa à travers le brèche. C’était sans compter la présence de vopos qui nous arrêtent comme si nous n’étions que de pauvres Ossies. Les gorgones stagiaires nous demandent où nous allons ? « Mesdames, nous allons rejoindre nos compagnes, belles de jour, belles de nuit, qui, flûtes de champagne nous appellent de leur charmes! Qui sont là et qui nous attendent ! Elles sont nos mies, et nous, fidèles d’amour, nous venons en chevaliers dans la grande tradition de l’amour courtois!» . Ah ! la beauté du geste n’est pas reconnue loin de l’allée K. «Vous ne passerez pas !» . Avec mon compagnons cioraniste nous comprenons qu’une nouvelle ligne Siegfried vient de naître sous nos yeux ! Nous montons alors sur nos grand chevaux ! De fiers destriers dignes de la bataille de Nicopolis : «Comment ? Arte ? La chaine humaniste du bon sentiment subventionnée par les deux plus puissantes nations de la terre. Arte donc, ce parangon du sentimentalisme, qui sépare les couples! Mais madame, nous ne sommes pas à Srebrenica ! Vous ne nous séparerez pas ! Jamais ! Hasta la muerte ! « La colère monte quand nos belles nous font de grand signes ! « Venez ! Venez ! » « Croyant flairer le bon filon la préposée au rideau de fer, nous provoque par ces mots malvenus « Vous n’irez pas dans notre bar à cocktails !». « Calmez vous aubergiste ! Vos cocktails nous les dédaignons comme un faux Graal à bulles ! ».  La peste soit du totalitarisme mou ! Si ces gorgones croient nous faire taire, elles se trompent à la lunette d’artillerie ! Déjà, dans l‘Archipel du goulag, Alexandre Soljenitsyne affirmait que le totalitarisme n’aime pas les vagues, et que lui même, comme des millions de victimes se laissèrent arrêter sans broncher par peur et timidité ! « Erreur ! » nous dit le styliste russe ! Il faut hurler, gueuler, provoquer … Si des millions d’individus s’opposent aux petits diktats, la société totalitaire devient impossible ! Le pouvoir vacille  sous des millions de petites piqures…Alors oui, Arte transformée en bunker élitiste nous hérisse la fibre révolutionnaire. Nous en avons soupé des soirées Themas sur les crabes de l’Antarctique, les téléfilms finlandais sur le suicide et autres joyeusetés … Et nous voici en fanfarons dino-risiens, hurlant à la démocratie et la fraternité. « Arte social traître ! Vive le comité de salut public ! Nous sommes le peuple et nous voulons fouler ton royaume avec nos sandales de cuir. » Il s’agit dans nos esprits embrumés par le Mezcal et la musique d’Ennio Morricone, de passer coûte que coûte. C’est la grand saut existentiel. Des images magnifiques heurtent nos rétines, des pécheurs qui crient « Enculé! » Des ouvriers qui caillassent leurs patrons voleurs à coups d’œuf et de tomates, des « tu me salis ! » C’est la grande horde qui avance, par petits gestes, petits mots, à coups de grandes gueules pour casser les bunkers d’une société qui s’écroule et qui n’en finit pas de puer la charogne. Arte ou la bonne conscience programmée, celle du zombie, et qui se trouve sur notre chemin, malheureuse chaîne brisée! D’un pas dédaigneux, nous laissons les pauvres avatars de l’autorité, et pénétrons en parfait coïtus dans l’antre de la multinationale. Les gauleters poussent des cris de détresse. « Ils sont entré, ils sont entrés ! » C’est la panique. L’armée rouge vient d’entrer dans Berlin ! C’est le monde à l’envers : Arte se prend pour un micro Reich de 40 mètres carrés, et ils appellent la sécuritat de Ceaucescu. Nous qui ne sommes que des gentlemans rejoignant nos cavalières ! Un grand musclé s’interpose nous intimant l’ordre de quitter le nid d’aigle ! Je ne suis pas d’humeur à pratiquer les arts martiaux philippins dans les petits et les grands fours d’Arte. J’intime un ferme : Ne me touchez pas ! pour ne pas favoriser la familiarité sécuritaire. L’homme est certainement le plus intelligent dans un rayon de 100 mètres. Pas de familiarité pour l’instant mais nous nous comprenons comme deux bohémiens du lumpen prolétariat. Respect mutuel ! Je pars la tête haute, en hurlant un tonitruant : Vive la démocratie ! Vive le Peuple ! Arte trahison ! Les pauvres invités rentrent dans leurs coquilles. La peur saisit la mondanité. L’homme de la sécurité et moi, tombons alors dans les bras l’un de l’autre, tous les deux terrassés par une immense crise de rire. « Ils sont vraiment trop cons ! lui dis-je» . «Merci, me dit-il, je n’en pouvais plus !» Les mercenaires serbes nous rejoignent avec des sourires de fanfare underground et des bouteilles de vodka plein les poches et nous nous rendons vers l’allée K afin de nous ennivrer dans la plus pure tradition littéraire, celle de Joseph Kessel. Cette année, il s’est passé un moment exceptionnel au salon du livre, ce n’est pas la Titanic qui a coulé, c’est Arte ! Il était une fois la révolution !

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5 Comments

  1. Vu comme ça le salon devient truculent ! Vive l’allée k, kerouac, joseph k, koltès, kessel et kundera…

  2. Vu comme ça le salon devient truculent ! Vive l’allée k, kerouac, joseph k, koltès, kessel et kundera…

  3. a l’heure qu’il est je ne sais toujours pas si tu sera publié de ton vivant, mais putain si tu pouvais être ministre de la culture… s’il te plait mon dieu !

  4. excellent cher Tristan.

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