LA LUNE ROUGE DE TIANANMEN…
Google Earth : le globe terrestre apparait sur l’écran de l’ordinateur. Voici la Chine, énorme masse continentale située entre les rives du Pacifique, la mer de Chine méridionale, la taïga sibérienne et la chaine des Himalaya. Pendant longtemps nous avons cru à la légende de la muraille de Chine, » seule construction visible depuis l’espace ». Neil Armstrong n’a rien vu. Il est évident qu’il faut bien zoomer pour voir la formidable muraille ! Sur youtube nous pouvons entendre les paroles délirantes du commandant Dromard qui débarque à Honk Kong dans le film «le Monocle rit jaune » : « Monsieur poussin, cette terre est la Chine ! (…)Entendez-vous le tintinnabulement des porcelaines de l’époque Ming dans des palais verdoyants ou des mandarins laissent s’écouler le temps paisible en compagnie de concubines lascives… » Vu de l’espace, les douces senteurs de l’Empire du Milieu et l’érotisme taoïste n’ont pas les mêmes saveurs… Nous voici soudain au dessus du désert du Taklamakan, depuis quelques années la région est devenue un Far West pour colons Hans au grand désespoir des Ouïgours. Quittons ce funeste endroit dont les méandres des rivières asséchées cachent les tigres du Lob Nor, de féroces combattants islamistes. Nous apercevons les autoroutes et les lignes ferroviaires qui s’enfoncent dans le haut plateau tibétain avec ses flux de colons dans un sens et ses trains remplis de minerais dans l’autre. D’un clic, nous pouvons pratiquer le tourisme rouge sur Huaxi, près de Shanghai, village de propagande nationale-communiste digne d’une aventure de Tintin au pays des soviets. Charmante carte postale du socialisme scientifique, Huaxi est une cité hybride entre une zone résidentielle londonienne, le village de la série télévisée le Prisonnier et un faubourg de Belgrade la rouge. Ici, les habitants touchent les dividendes de la prospérité en roulant en Mercedes. A Huaxi, les jeunes Chinois aux cheveux en bataille surfent sur internet et jouent à Warcraft sur des ordinateurs Lenovo. Le moindre clic sur un site interdit par la censure n’échappera pas à la vigilance de la police du cyberspace forte de 30 000 agents. Sommes-nous repérés, d’ailleurs ? Dans la grande rue, les Jeunesses communistes défilent sous les applaudissements des ouvriers en bleu de travail, ce sont les mingongs – ouvrier paysans – corvéables à merci, car ne possédant pas le fameux livret, le Hukou urbain, leur permettant de bénéficier des services publics…On se croirait dans le roman Super Cannes de J.G Ballard. Passons rapidement au-dessus des villes dévastées par la spéculation immobilière. Ne pas oublier les villages de la nomenklatura, peuplés par des « fils de », les Taizi ou princes héritiers du Parti. Dans des technopoles paradisiaques, ultrasecrètes, on prépare le prochain exploit du national-communisme: la conquête à la Lune. La NASA locale, le CNSA (China National Space Administration), doit diriger le projet lunaire Chang’e 1, 2, 3, 4, selon les quatre phases prévues. Rendons-nous, pour plus d’informations, au cœur du système spatial chinois, tout d’abord le «centre scientifique de l’espace» de Myanyang (31°.4739324618,104°.746626971) ou sur la base sud de lancement : Shuguang-1, perdue au centre de la Chine (28°.2460170004, 102°.026556)- Et enfin la Base 25 située au nord (38°.8487000011, 111°.607922). C’est ici que les fusées «Longue marche» furent lancées depuis les années 1970. Mais depuis 1992 les vieux termes maoïstes ne sont plus en faveur, il faut désormais parler de fusée «flèche divine». D’ailleurs, dans le grand projet spatial, un peu à la manière des films de Kung Fu comme Tigre et Dragon, tout devient divin, le projet de satellite habité devient Shenzhou -vaisseau divin-, la future navette chinoise est le «Dragon divin», le super laser à haute énergie est la «lumière divine», et l’ Intelligence artificielle (IA) est «la conscience divine». Petit survol de l’île de Hainan, et de la ville de Wenchang, où se construira une nouvelle base proche de l’équateur. Les stratèges aiment voire le monde sous forme d’un jeu de Go: entourer l’adversaire et l’empêcher de vous entourer. Le futur site de lancement devra ainsi être protégé par un « collier de perles» de bases navales. L’espace est aussi une nouvelle frontière stratégique, et par conséquent la Chine doit placer ses pions dans le système solaire. . La Chine a désormais remplacé l’Empire soviétique dans cette nouvelle guerre secrète où espions, barbouzes, coups tordus, attaques informatiques, hégémonie commerciale, corruption, désinformation se jouent en sourdines sous les mots rassurants de mondialisation, de coopération et de prospérité. La Chine accuse cependant en 2009 un vrai retard technologique pour ses programmes militaires et spatiaux. Dans les années 1990 la CIA a découvert que les fusées chinoises possédaient de nombreuses similitudes avec certains lanceurs américains (Associated Press-1998). Au USA, le rapport du sénateur Cox (The Cox Report ) impliquait ainsi la Chine dans une vaste opération d’espionnage. La messe est dite ! Mais au Comité central du Parti, on se dit que la Lune vaut bien une messe, même capitaliste, et quelques cartes truquées dans les manches… Les petits vieux qui jouent au Go sous les marronniers de Huaxi et les membres gominés du Comité central savent où poser leurs petits pions jusqu’à l’avènement du socialisme scientifique. C’est là qu’intervient un programme qu’on croirait né dans l’esprit d’un Fu Manchu : Le Super Programme 863. Il s’agit d’une opération mondiale d’espionnage et d’acquisition de matériel technologique pour l’industrie d’armements et le programme spatial et qui doit permettre à la puissance chinoise de faire son grand bond dans l’espace. Reste au Chinese Lunar Exploration Program (CLEP) de traiter ces informations et de piloter l’ensemble du programme scientifique, et de lancer l’exploration robotique et humaine de la Lune. Ouyang Ziyuan responsable du CLEP et spécialiste des minerais extraterrestres imagine déjà l’exploitation de l’Helium 3, combustible nucléaire très rare sur terre, dont il prévoit que trois navettes spatiales par an suffiraient à subvenir aux besoins énergétiques de la terre entière… Mais la Chine n’est plus seule dans la course spatiale, d’autres impétrants indiens, russes, américains et iraniens se ruent sur la porte des étoiles… Cette nuit, au-dessus de Huaxi, la Lune est rouge à travers le nuage de pollution qui recouvre la région, et un satellite-espion est le seul dragon que nous pouvons apercevoir dans le ciel… Avons-nous été repérés ? On frappe à la porte ! C’est le livreur du Dragon céleste avec des nouilles chinoises…


