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Yasmina Abdelilah another brick.

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Buvez Madison soyez rassurés, vous pourrez entrer ce soir...

Henri Loevenbruck moi je veux une veste à brandebourg, mais yen a que pour les meufs, c'est pas zuste.

Bonjour, je m’appelle Madeleine et je suis alcoolique

Dimanche 20 avril, 2008 • Par Adeline Grais-Cernea • Catégorie: Once upon a fuck

Bonjour Madeleine.

Des bruits de pas.
Un placard qui s’ouvre, l’aimant qui fait TAC. Le champ magnétique de la peur qui s’enclenche. Du verre qui s’entrechoque avec lui-même. Un BLING-BLING qui n’a rien de majestueux. Un bouchon qui fait PLOC. Le lapement d’une gorge qui a soif. GLOU-GLOU.
Et puis tout dans le sens inverse. GLOU-GLOU, PLOC, BLING-BLING, TAC.
Et puis tout dans l’autre sens. TAC, BLING-BLING, PLOC, GLOU-GLOU.
Et ça, toutes les nuits jusqu’à ce que j’ai 10ans.
J’ai découvert que mon père était alcoolique quand j’avais environ 5 ans.
Je me suis levée pour aller aux toilettes parce que j’avais trop bu. De l’eau. Mais j’en avais trop bu. Un rideau séparait ma chambre du salon. Je l’ai tiré et je suis devenue une grande personne. Quand il m’a vue, immobile en robe de nuit à fleurs, n’osant pas avancer, son premier réflexe a été de me hurler dessus en m’ordonnant d’aller me recoucher. Sur le moment, j’ai essayé de me persuader qu’il avait raison et que c’était mal de ne pas dormir à cette heure avancée. Que c’était ma faute. Parce que j’avais trop bu. De l’eau. Mais trop.
Je crois que j’ai tout de suite compris, mais plutôt crever que de voir de la honte dans les yeux de mon père. Alors je n’ai rien dit. Je n’ai pas dormi pendant 5 ans. J’avais peur qu’il vienne et qu’il me fasse du mal. Alors je faisais la morte. Je ne bougeais pas, je ne me retournais pas, je ne me grattais pas, je respirais à peine, regardant un point fixe sur mon mur, censé me porter bonheur, et récitant des prières pour que demain ait bien lieu. J’allais parfois le recoucher quand il avait laissé la télé allumée et que ses clopes manquaient de foutre le feu. Le matin, je le serrai très fort dans mes bras. Et quand en plein après-midi, il lui arrivait de blingblingtac, je regardais ailleurs ou allait faire mes devoirs. Je travaillais beaucoup. Il ne s’est jamais rendu compte rien.
À 20 ans les choses avaient quelque peu changé.
On s’assoit, on boit, on retrouve des gens, on s’assoit, on boit, on boit, on fait semblant.
Ce soir pourtant j’avais préparé ma barricade au cas où l’on m’appellerait pour sortir : clôture informationnelle, ne me parlez pas, recluse sous un plaid, accroupie sous la douche, flemme d’articuler quoique ce soit, les mots, le cou, les doigts mous, non j’ai pas envie de sortir, ni de reprendre un peu de rôti, je suis malade, je suis triste, qu’est ce qui se passe, tu quoi ?
Ma chère et faible barricade. Ok, je vais prendre une bière. Je pourrais avoir une bière ?
C’est tout ce que vous avez comme bière ? Bonsoir je voudrais une bière. Sur un divan, en bonne compagnie, je n’écoute pas ce qui se dit, mais je feins tellement bien l’attention que j’en arrive à être vexée qu’on ne me demande pas mon avis. Les heures défilent et je songe à partir. Quand on habite Paris pendant 10 ans, on visite Paris pendant 10 ans. Mais c’est en taxi et la nuit que l’on visite le mieux. Du bourbon de larve dans ton taxi qui danse dans ma tête, si il pouvait pleuvoir alors ça serait vraiment merveilleux. Mais je reste. J’abandonne mes jambes à cette saison, trop lourdes pour aller poiroter dehors qu’un taxi veuille bien s’arrêter. Bien au chaud, je choisis de me lasser des gens en plein hiver. Mais trop de vomis latent autours de moi, ça commence à me dégoûter. Quand je rentre dans cet endroit, mais vraiment je dois être dingue. Je sais ce qui va se passer. Les psy diront qu’en faisant ça j’essaye de comprendre les!
limites
de papa. Mais ce soir je veux des baisers et baiser à la vodka. Baise et gnagnagna. Et paraître odieuse. Et devenir cette sinistre glaire qui déteste toujours mieux et ne veut pas de surprise. Mes faibles émotions n’ont rien de romantiques, n’ont rien pour faire frisson. Elles sont juste petites et communes, et me rendent petite et commune.
Est-ce que c’est génétique ? Est-ce que c’est une excuse pour se faire troncher sans états d’âmes ? Est-ce que la peine resurgit vraiment ? Est-ce que c’est un combat ?
À 20 ans j’ai tiré le rideau. Je me suis vue dans le hall de mon immeuble, comme tous les soirs, ivre et fière de l’être, dégueulant toutes les merdes que j’avais bien pu avaler la veille. Incapable de me lever. À quatre pattes sous les boîtes aux lettres. Prenant conscience que j’avais oublié mon sac et mes clefs dans le taxi qui m’avait ramenée. Seule, car qui voudrait d’une saoularde ?
Je me suis collée contre un mur et je l’ai regardé. Je l’ai fixé un moment et j’ai commencé à prier : « Ne pas faire de bruit, ne pas tousser, que personne n’arrive maintenant, que personne n’essaye de me faire du mal, que personne ne me remarque, ni ne me trouve dans cet état désastreux, et puis surtout, s’il vous plaît, que demain ait bien lieu. »

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Adeline Grais-Cernea est au lit dans le texte. BORDEL n°9 (en librairie),Standard Magazine, AMUSEMENT, T.I.N.A ed. è®e. Marion Paris Grosse Pute, "Le Bon Sens de la défaite";"TELECTOR 07"; "Once upon a room": "Entretiens avec AGC", "Spasmes de la vie ordinaire"
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