Le Krach des Chevaliers
Par Madeleine Ventreblanche • Apr 28th, 2008 • Catégorie: Once upon a fuck«Comme la conviction de vertu est l’entremetteuse de l’amitié, il est difficile de conserver cette amitié si l’on manque à la vertu. » (Cicéron)
L’idée vint. Une idée grosse mouche qui devait rôder depuis un bout de temps autours de moi. L’idée qui prend son élan depuis le fond de la poubelle et qui fonce droit sur la grosse merde que tu es. Bonne moumouche bien dressée et maître de son destin. Pulsion lutte qui s’invite à table et monopolise la conversation. Qui veut du dessert ?
On marchait dans la rue. On s’était mis d’accord pour aller boire un verre. Il faisait chaud et les terrasses étaient bondées. Alors on avait marché.
La mouche n’était pas loin ; elle avait dû me voir débarquer au coin de Rivoli et des Archives.
Je devais avoir la tête de quelqu’un à qui on a refilé du tapis perse, quelqu’un qui goûte tous les parfums, quelqu’un qui laisse sa place dans le bus, quelqu’un qui décroche quand on lui téléphone.
On marchait. On discutait. On regardait les gens. On s’est assis dans un parc. On a parlé un moment.
Et puis l’on s’est remis en route.
Je connais Marc depuis que nous sommes enfants. Depuis la maternelle même. A 7ans on se tabassait comme frère et sœur, à 14 il m’offrait un livre sur les lézards.
*On a jamais…enfin…on a pas…tu vois…jamais…* On s’en foutait. On se faisait même pas la bise.
On a eu la même note au bac, parce qu’on avait les mêmes antisèches probablement.
On a choisi de faire les mêmes études pour être sûrs d’avoir quelqu’un avec qui bouffer le midi.
On a pas échangé notre sang, mais on a échangé nos livres, nos chagrins, nos mauvaises humeurs, nos mauvaises odeurs et nos boulettes de falafels.
La nuit a commencé à tomber. On venait de se taper 5 arrondissements.
On était pas encore fatigués de passer du temps ensemble. On avait l’impression d’être seuls ET bien accompagnés. On y gagnait.
On s’est mis à parler progéniture, un des grands thèmes des mondes à refaire.
Je soutenais qu’on fait des enfants dans l’espoir qu’ils soient meilleurs que nous.
Il ne démordait pas qu’on fait des enfants par haine du genre humain.
On tenait presque le même discours finalement.
C’est là que cette saloperie de flash est arrivée. ZZZZZZ ZZZZZZ ZZZZZZ.
Généralement, rien ni personne ne me colle. On pensera que c’est la vie. Principe non adhésif.
On se trompe : c’est juste une histoire de colle. Et ma peau est trop bon marché.
Mais les mauvaises passions se sont prises pour Elvis et m’ont déclaré leur tendresse.
Salopes. Ca me braillait fort dans le bas ventre.
On était sur la Canal St Martin. Du côté mort. Soir de semaine. Pas grand monde.
La mouche m’a traversé le cerveau et j’ai soudainement lâché :
« On baise ? »
Il m’a regardé comme si je venais de dénoncer toute la communauté juive et s’est jeté sur moi en m’embrassant. Les cheveux en premier. J’ai trouvé ça bizarre.
On s’est vite retrouvé presqu’à poil, tout en continuant de marcher.
C’est là que le deuxième avion est arrivé et a percuté la tour.
« Baisons salement. »
J’ai alors trébuché sur un clodo qui pionçait là , et on s’est retrouvé par terre, à moitié dans sa couette. Ca puait la misère d’un chiotte bouché depuis des générations. On a continué notre nique à côté de cette pauvre âme, trop bourrée pour comprendre que c’était une queue qui lui passait sous le nez.
Marc devenait violent. Je devenais cruelle. Il a chopé une bouteille de bière qui dormait dans la pisse et sans la décapsuler me la enfoncée dans *…tu vois…dans …* En ressortant, le goulot m’a littéralement arraché les entrailles, comme un filet de pèche qui ramène du bon manger sur le pont. La saignée était impressionnante. J’étais bonne à foutre dans une baignoire pour l’Aïd. J’ai chopé Marc, je me suis assise sur sa tête et je l’ai fait téter. Qu’il s’étouffe avec le vermillon de la honte.
On s’est finalement écroulé l’un sur l’autre, à bout de force. Il n’aura qu’à se finir demain.
On a essayé de se relever. Il m’a dit :
« On marche un peu ? »
Je l’ai regardé comme on regarde un mort dans un cercueil : en sachant qu’on existe plus pour lui.
« Je crois qu’il faut que j’aille à l’hôpital. »
Il a acquiescé, m’a mise dans un taxi et l’on ne s’est jamais plus revu.
Madeleine Ventreblanche is Adeline Grais-Cernea et au lit dans le texte.
Standard, Amusement, T.I.N.A ed. è®e. Marion Paris Grosse Pute,
"Le Bon Sens de la défaite";"TELECTOR 07"; "Once upon a room": "Entretiens avec AGC".
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