Fucking Deadhorse into town – Le Temps des croisades
Comment vous êtes vous rencontrés?
C.J : Nous habitions le même immeuble. Cela dit, on a dû se croiser que deux ou trois fois.
M.V : Trois.
C.J : En trois ans… On n’osait pas se sourire. On tirait même plutôt la tronche. A la limite du mépris.
On ne se connaissait pas. Orgueil et préjugés.
M.V : Tu me méprisais un peu.
C.J : Oui. Ca faisait partie du jeu. Un jeu en trois manches.
M.V : Sacré match.
C.J : La première fois, c’était au local des poubelles. J’ai vu cette fille qui jetait des dizaines de bouteilles de bière. Ca faisait du bruit. J’ai dû dire « salut ».
M.V : Tu as dit « bonjour » en fait. J’ai fait comme si je n’avais pas entendu.
C.J : Et j’ai cru que tu n’avais pas entendu.
M.V : La deuxième fois, on s’est retrouvé dans l’ascenseur. Tu m’as souri, je n’ai pas bronché. Tu en as pris un sacré coup.
C.J : La troisième fois, je me souviens oui, c’était dans l’ascenseur aussi. J’étais avec un copain. Nous descendions. Quand on s’est arrêté à ton étage, tu as ouvert la porte comme persuadée que tu t’y retrouverais seule. Mais nous étions là.
M.V : Vous m’avez ignorée tous les deux. Vous avez continué votre discussion. Vous parliez fort.
C.J : Je plaçais des mots censés t’impressionner. J’avais quatre étages pour paraître intéressant. C’était mince.
M.V : Sur le moment, je t’ai trouvé grotesque. Gamin.
C.J : Quand on est sorti, mon pote m’a dit qu’il te trouvait jolie. J’ai dit « ouais vite fait ». Il m’a demandé si je te connaissais. Ca m’a énervé.
M.V : J’ai toujours pensé que je n’étais pas à ton goût.
C.J : Un an plus tard, on ne s’était pas recroisé. Je devais déménager. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai été voir la concierge en te décrivant.
M.V : Il m’a décrit comme « la fille toujours hyper mal habillée du quatrième, vous savez bien, celle qui fait toujours la gueule. »… elle m’a tout raconté.
C.J : J’ai sonné à sa porte et je lui ai proposé de passer chez moi.
M.V : Il organisait une sorte de dépendaison de crémaillère. J’étais mal à l’aise. Je ne connaissais personne.
C.J : Tu étais surtout triste que je parte.
M.V : J’étais surtout triste qu’il parte. Je lui ai dit : « Je suis triste que tu partes. »
C.J : J’étais étonné. Je lui ai répondu que je n’allais pas lui manquer. Qu’on ne se voyait presque jamais de toute façon.
M.V : Et alors je t’ai dit ?
C.J : Elle m’a dit qu’elle était triste, parce que chaque matin et chaque soir, j’étais la seule personne dans cet immeuble…
M.V :… la seule personne que j’espérais vraiment croiser.



Ca sonne tellement vrai.
Mais c’est VRAI !!!!