Once Upon a break
Quand nous sommes arrivés dans l’appartement, elle a tout d’abord poussé un soupire de soulagement. Deux heures de voyage à supporter les blagues de Bruno, on ne pouvait pas lui reprocher d’être rentrée en clôture informationnelle. Symboliquement, et comme pour que le spectacle commence enfin après cette première partie bien décevante, je me suis précipité à la fenêtre pour aérer. L’odeur de naphtaline avait pris possession de la totalité des pièces, et la vue de la mer nous déconcentrerait probablement assez pour l’oublier.
On a posé nos sacs dans l’entrée et j’ai commencé la visite. Voilà le salon. La cuisine. Oui elle est grande, c’est cool. Ca c’est ta chambre. Bruno et moi on dormira dans celle-ci. La salle de bain. Les toilettes sont là. Tiens il faudra racheter du papier. On va à la plage ?
On a enfilé nos maillots et l’on est partis se vautrer sur le sable presque chaud.
On ne sait pas trop pourquoi on lui avait demandé de venir avec nous. Ce n’était ni une amie, ni une fille qu’on rêvait de se serrer depuis des années. Mais elle était agréable et dégageait assez de féminité pour qu’on se sente rassurés quand nos copines respectives, elles, étaient restées à Paris.
« Non, chéri, je dois travailler tu sais bien. »
« Ce sont les 60 ans de mon père, si tu crois que j’ai le choix… »
« Audrey, on part en week-end avec Bruno, t’en es ? »
Une question, une réponse, cela suffit généralement à ce que les choses se fassent.
On avait deux jours. Deux jours pour reproduire les clichés de Jules et Jim, de Diabolo menthe, et des Bronzés. (On faisait l’impasse sur Les Vacances de l’amour, parce que nous on avait décidé de bien se bourrer la gueule.)
Lui courir après dans le sable, lui offrir des gaufres, la foutre à l’eau à minuit, la baiser vers 4H00 du mat et enchaîner une partie de Scrabble comme si l’on avait suffisamment profité de la vie et qu’il fallait revenir à la raison avant de revenir à la maison.
« J’ai BONDAIENT, du verbe bonder, ça marche ? »
« ZOOMMER ça prend deux M ? »
Le planning était en place et son libre arbitre n’avait pas à être pris en compte.
A 19h et après avoir passé 3 heures à se faire chier en faisant semblant de dormir au soleil, Bruno a proposé de rentrer prendre l’apéro avant de sortir pour dîner.
Personne ne lui avait encore fait bouffer du sable, mais elle aurait son compte à la tombée de la nuit. Le plan marchait toujours, il était juste un peu décalé, et il ne fallait pas paniquer.
CA TOURNE. ACTION.
« Mon grand-père nous a laissé une bouteille de champ, ça vous dit ? »
PLOC.
A la votre, à nous, à la Normandie. A cet endroit qui n’est ni tout à fait l’intérieur d’un chez soi, ni tout à fait l’extérieur de la nuit, et encore moins le café d’en bas où l’on me rince à là oeil. Je veux dire. Un week-end, les vacances, c’est une parenthèse. Une résidence d’artiste qu’on décide de faire pour fuir un malaise. Une pause pub. C’est la clope entre le plat et le fromage. Celle qu’on fume tous dehors pendant qu’ils sont tous dedans. Chez moi, je n’invite que les intimes. La nuit je ne vois que les fêtards, et je ne fais pas de mélange. En bas de mon immeuble, chez Lulu, je fais pété le kawa avec les mecs du quartier, ceux qui n’appartiennent à rien, ceux à qui je ne pense jamais, l’entre-deux d’un monde pas si rassurant où la tension se touille le temps que ça refroidisse.
Mais en vacances, en week-end et surtout en Normandie, c’est autre chose : j’invite n’importe qui.
Je joue au ping-pong, au mini golf, je me goinfre de crêpes, je vais goûter l’eau, elle est toujours trop froide, j’y pousse quelqu’un, elle pas si froide que ça, si ? On ne se connait pas si bien que ça finalement, alors autant faire connaissance ici. Les couleurs sont belles. On voit le Havre. On est tous pieds-nus. On ne se décontracte pas. On s’examine et l’on s’apprécie.
On a vidé 4 bouteilles de vin à table. On est passé par tous les stades de la confession.
Audrey nous a avoué avoir couché avec une fille. Bruno nous a raconté ses tentatives de meurtres à répétitions. J’ai évoqué la collaboration de mon grand-père pendant la seconde guerre mondiale. Puis d’en rajouter chacun notre tour sur nos déceptions au travail, sur nos échecs amoureux, et de reprendre en cœur que de toute façon, on détestait le travail et qu’on détestait être amoureux. On est tous tombé d’accord. Il fallait partir de ce resto pourrit qui trop nous incitait à devenir niais et malheureux.
On est rentrés.
Audrey s’est enfermée dans la salle de bain pendant 20 minutes.
On l’a d’abord soupçonnée de se poudrer le nez sans vouloir partager avec les copains.
On s’est finalement rabattu sur l’idée qu’elle devait probablement se regarder dans la glace en se persuadant qu’elle n’était pas si bourrée que ça. Ou bien vomir. On n’hésitait. Les filles. On ne sait jamais.
Quand elle a réapparu dans le salon, Bruno et moi étions à l’aise.
Calbut’ à l’air et sourire avenant. Viens par ici chérie, on va te faire oublier la coquine de tes 20 ans.
Sa peau était lisse et son sexe rasé.
Elle s’est laissé faire bien tranquillement. Sur le canapé des grands-parents.
Mais voilà que Bruno a eu soif de boire sur Audrey. De boire dans son Graal tondu. Quelle idée… Il a chopé une bouteille de vodka. Dégoulotte et dégouline, qu’il a renversé sur la fifille. Et glou, et glou, et glou. La bouteille y est passée. Et c’est alors qu’elle s’est mise à hurler. A la mort. Un truc est en train de crever. Elle s’agitait comme si l’on venait de lui renverser de l’acide sur tout le corps. Elle frétillait comme un poisson encore vivant qu’on file au barbecue, comme un dé qui finit de rebondir, une épileptique. Sa peau toute entière devenait comme du sang et l’on avait peur qu’elle nous éclate à la gueule. Ses cris étaient stridents et n’en finissaient pas. On a eu peur. Bruno lui a chopé la bouche et a maintenu sa main dessus fermement. Elle essayait de se débattre, de s’échapper. Je me suis assis sur elle et lui ai tenu les bras contre le sofa. On lui disait de la fermer.
Au bout d’une demi-heure elle s’est calmée. On était tous silencieux. On attendait de savoir. Elle s’est levée et a disparu dans la chambre qu’on lui avait attitrée.
Le lendemain, nous sommes rentrés. Elle s’est installée à l’arrière. Bruno n’a pas fait de blagues. J’ai conduit. Je les ai déposés. Elle d’abord. Je suis rentré. J’ai réfléchis. Bruno m’a appelé. On en a parlé sans savoir quoi en penser. On a réfléchi. On a raccroché. Notre aparté était fini.
Plusieurs semaines après, j’ai reçu un coup de fil de mon grand-père. Il venait d’arriver à Houlgate avec ma grand-mère et me remerciait de ne pas lui avoir fini son whisky et d’avoir fait les lits avant de partir. Il rajouta quelque chose. Il dit que bien que je sois son petit fils, il n’appréciait cependant guère que j’utilise son rasoir fétiche et que je le laisse traîner dans la baignoire comme un malpropre. Je niai l’accusation.
Il reprit en disant qu’en plus je ne l’avais pas nettoyé, et que c’était irrespectueux.
Je m’excusai. Intégralement.




et ben quelle histoire…..
Outch!
« où la tension se touille le temps que ça refroidisse »
Avec Madeleine, Jules et Jim en ont pris pour leur grade. Une belle déculottée…Et ils l’ont bien mérité.
Bravo de secouer le cocotier !