Once Upon a Dream
Jun 24th, 2008 • Par Adeline Grais-Cernea • Catégorie: Once upon a fuckCette nuit j’ai rêvé qu’un festival de musique se déroulait derrière les haies de mon jardin.
Dans le garage, j’avais tout un tas de Gremlins, plus ou moins apprivoisés, à qui il avait fallu que j’explique de rester tranquille. Bien sûr, ils n’en firent rien. Et le carnage commença.
Il est 9h00. Je suis en caleçon. Torse nu. Les yeux qui pleurent, la barbe qui gratte, le ventre qui chatouille. Je descends dans la cuisine et me prépare un café. Un chat vient me miauler entre les chevilles et me regarde comme si j’étais sa mère et qu’il voulait un tour de manège supplémentaire.
Je m’installe dans le patio, mug bouillant dans la main gauche et m’assieds sur une marche encore humide de l’autrefois de la veille. Il y a déjà du soleil. La grand Catalpa prend son rôle très à cœur et ombrage une bonne partie du gazon bien coupé. Les insectes ont commencé le travail. Ils pointent en zozotant et s’activent. Les fleurs se réveillent et font leurs belles. Tout est calme. Tout est paisible. Je m’allume une cigarette et participe ainsi de l’estompe à la composition de cet endroit si peinard.
Je me lève. Marche pieds nus dans la terre. M’allonge un peu plus loin dans l’herbe fraiche. Et me laisse aller. La matinée sera grasse.
Quelqu’un avait sonné à la porte de mon appartement, d’une manière assez folle pour que je me sente d’arriver en courant. Lorsque je l’ouvris, je découvris la face ravagée de mon voisin de palier qui m’implorait de partir au plus vite. Ils étaient revenus. Ils attendaient en bas, au rez-de-chaussée et tuaient tous ceux qui tentaient de s’échapper. L’information et l’urgence de la situation arrivèrent assez vite jusqu’à mon cerveau. J’attrapai l’homme qui s’écroula aussitôt dans l’entrée pour instantanément me claquer entre les doigts de pieds. Dans son dos, immaculé de sang, une énorme patte brune, aiguisée et recouverte de pics, s’enfonçait bien plus loin que la moelle. Je courus jusque dans ma cuisine et glissa quelques gros couteaux dans mon froc. Je m’engouffrai dans la cage d’escalier et montai jusqu’au 10ème étage. Quand il y a le feu en montagne, on est tenté de monter pour lui échapper. On a tord. Plus haut l’on monte, plus terribles et plus épaisses seront les flammes. Il faut se diriger vers la vallée et prier pour trouver un sentier encore épargné. Et moi j’étais déjà tout en haut. La milice d’extermination était en bas, et comme le feu, elle progressait vers le sommet de la tour. Pris au piège comme un légume qu’on s’apprête à balancer dans l’eau bouillante, je restai figé, réalisant mon destin de proie. Une des portes battantes de la cage d’escalier s’ouvrit alors, et fit apparaître une horreur sur pattes, vilaine et velus, les yeux révulsés de haine et de pue, qui ne mis pas deux secondes pour tenter de m’embrocher vivant. Mais j’entendis une sorte de click, la dégaine de la chance, et fus englouti aussitôt dans un appartement, juste avant que le monstre ait atteint mon cœur saignant. La vieille petite voisine du 10ème. Celle qu’on croisait une fois par an, et qu’on supposait sans doute morte le reste du temps. Elle m’avait sauvée. Elle agrippa l’élastique de mon calebar et me traina jusque dans sa cuisine. Là , sans dire mot, elle pointa le vide-ordures. Je compris qu’elle m’indiquait le sentier. J’ouvris le rabat de fer et allais pour lui proposer de passer la première, quand celle-ci se tenait déjà sur le rebord de la fenêtre. Elle sauta sans que je pus l’en empêcher. La porte blindée venait d’exploser. Je pouvais dès lors sentir cette haleine maléfique, mélange de cadavres éclatants et de néant absolu. Je m’engouffrai dans le vide-ordures. Intestin de poubelles. Tubes à déchets. Digéré par l’immeuble, et m’écrasai au troisième sous-sol, quelques secondes plus tard.
Je me retrouvai dans une sorte de local, fermé à clef. Je cognai de rage contre un mur poussiéreux qui donna l’impression de s’effriter. Je me mis à gratter comme un sauvage et remarquai que sous mes ongles, la paroi tombait bel et bien en lambeaux. Je ne mis pas cinq minutes à en venir à bout. Le trou que j’avais creusé était assez large pour que je m’y faufile. Tête la première, comme à la naissance. Et quelle naissance ! Je me retrouvai dans un hangar insoupçonné. Immense et vide. Je marchai, trottai, grand galop, pour finalement courir pour de bon. Je pouvais sentir la chaleur du soleil cogner contre le bâtiment. A l’extrémité je trouvai une porte. Je l’ouvris immédiatement, sans prendre le temps de me méfier de quoique ce soit, et découvris, émerveillé, une prairie qui s’étendait à perte de vue. C’est dans l’essence même de la simplicité d’être particulièrement efficace : je me mis donc, encore une fois, à courir. Comme un forcené. Il faut sauver le soldat Ryan. Courir. Sans regarder derrière moi. Je courus ainsi plusieurs heures, je pense. J’avais la sensation de m’être échappé. Qu’ici, rien ne pourrait m’arriver. Je m’écroulai dans l’herbe. Y relâcha tout mon corps. Et m’endormis.
Je fis alors ce rêve que je fais très souvent. Celui, où je descends les escaliers et vais boire un café dans le jardin de mes parents. La nature se réveille en même temps que moi. Et c’est un rêve idéal.
Un rêve tranquille où finalement rien ne se passe.
Adeline Grais-Cernea is au lit dans le texte.
Standard, Amusement, T.I.N.A ed. è®e. Marion Paris Grosse Pute,
"Le Bon Sens de la défaite";"TELECTOR 07"; "Once upon a room": "Entretiens avec AGC", "Spasmes de la vie ordinaire"
All posts by Adeline Grais-Cernea





