ECOUTER LES MAMIES
Jul 8th, 2008 • Par Adeline Grais-Cernea • Catégorie: Once upon a fuck2001
Tu viens de naître. Tu dis bonjour t’es bien poli et puis bien avant que tu ais pu dire « Flagada Jones » tu es confronté à la dure réalité de la vie, aux pertes blanches, et au gestes cons du quotidien comme vider le lave-vaisselle et ranger les fourchettes dans le compartiment fourchettes, et les couteaux dans le compartiment couteaux et les cuillères dans le compartiment cuillères…le lire ou le faire…c’est triste mais tu trouves ça normal. Et puis un jour, alors que tu t’apprêtes à poser ces putains de verre à porto sur l’étagère « verres à porto », tu te dis stop. De qui se moque t-on ?
On t’a promis le bonheur si tu étais gentil.
On t’a dit : « le Salut se prépare au jour le jour ».
On t’a fait lire Spinoza, et choisir ta religion parce que « c’est mieux pour son épanouissement …»
A chier. Refuse. Tu n’es pas Willow.
Tu as maintenant 16 ans et tu te cherches « un petit job d’été » : entre en guerre contre les vendeurs Gap. Adule les caissières du Félix Potain de la rue de Sèvres. Deviens Barman.
Crie haut et fort : « Moi aussi je veux plonger nu dans une margharita géante et être l’égérie d’un clip de Marylin Manson. »
Tu deviens le méchant loup-garou du campus, tu es le héros de ta propre légende urbaine. Tu coinces Ophélie Winter dans un coin et tu la violes avec tes potes en lui disant que de toute manière « tout le monde le fait »… maintenant ton fantasme c’est Amélie Poulain sodomisant cette connasse de Buffy avec une clef USB.
Tu as 18 ans. Si jusque là tu as suivi tous ces conseils, tu es mine de rien bien préparer à la vie…en toute logique, tu t’inscris en droit à Assas.
A 20 ans tu ne saignes plus du nez quand tu te fais une ligne, à 21 tu pratiques déjà l’alcoolisme mondain. Prends-toi en main et brûle l’Emile ! Prépare le prochain coup de pute que tu vas faire à Nicolas Rey, et arrêtes de croire que Vincent Delerme est le mec idéal ! Emancipation.
Toi aussi tu as envie de te lancer dans la pub, d’être l’ambassadeur d’une grande marque de cosmétique. Toi aussi tu as envie de produire de la real-TV, de gagner plein de thunes et après d’aller balancer dans une émissions littéraire que tu es communiste ! Oui Monsieur, parfaitement.
Assume d’appeler des déménageurs professionnels quand tu pourrais très bien faire le boulot tout seul, ne te laisse pas avoir par le vieux qui prend systématiquement le bus aux heures de pointe et à qui il faudra que tu laisses ta place…. Dis non. Non mais vous n’avez rien à foutre de la journée et il faudrait que je me bouge ?
Les calvities devraient être interdites et les massages de pieds obligatoires et remboursés pas la Sécu. Ah oui. Aussi. Cesse de sourire comme un con à chaque fois que tu croises un bébé.
Préfère la ville à la campagne ; milite pour que Paris devienne officiellement le centre du monde, mais n’hésite pas à dire en tant voulu qu’il n’y a rien à y foutre et passe tes vacances à Vauvert…
Allie-toi au mec qui fait des vraies longueurs à la piscine, le mec qui a imposé son couloir, celui qui a pris le pouvoir ; deviens égoïste ; deviens artiste ; mieux ! Deviens acteur ! Maintenant tu ne vis que pour une chose : passer chez Fogiel. A 30 ans le stress et toi êtes pacsés, tu manges liquides à cause de tes ballonnements à répétition, mais tu t’en fous ; a 40 tu t’aperçois que tu as oublié de faire des mômes : Tant mieux !
A 50 tu meurs, faut bien y passer, et là s’il te plait, sois un ange. Ne gâche pas tout. Finis en beauté. Et meurt de tout, sauf d’amour.
-extra-
Chaque résultat mathématique est une émotion. Factorisant la dissection essentielle.
Chaque théorie est une tentative de séduction.
La prise trop fréquente d’ibuprofène et de paracétamol facilite les crises d’angoisse.
La spasmophilie est une manifestation artistique de l’inconscient.
Mes capteurs sont nombreux, et j’ai du plomb dans le sang.
Les équations sont des psychothérapies.
La médecine est une harmonie de couleurs et de formes que la peinture clonera quand on aura enfin compris ce que c’est que la peinture.
L’intuition est ta meilleure partenaire et je ne comprends toujours pas que plusieurs d’entre vous la méprise.
-extra-
2008
Tu viens de naître. Avant de faire quoique ce soit, tu attends qu’on t’explique toutes les possibilités qui s’offrent à toi. Fais-leur développer. Si les propositions ne sont pas satisfaisantes, tu demanderas à te faire congeler.
Les compromis se négocient et chaque geste débile doit se payer. Tu es en position de force. Ils le savent bien. Ne te dévalue pas et arbore cette malice qui n’a pas encore besoin de collagène pour survivre.
Personne ne se risquera à te promettre quoique ce soit. Le libéralisme est dépassé par des tribus brésiliennes pour qui le concept de reconnaissance n’existe pas. Profites-en.
Troc ton landau contre un bon processeur. Méprise les lettres de motivations et dessine des personnages hybrides en précisant que tu maîtrises la nouvelle version de PhotoShop.
Tu as maintenant 16 ans. La démocratisation de la cocaïne te rapporte suffisamment. Distribues- en sur la plage en gueulant « coco » et plonge les vieillards dans cette nostalgie de fin de siècle qu’ils ont vue passer trop vite. Tu n’es pas malin. Tu es logique.
Rentabilise tes échanges et fais-toi prêter villas avec piscines. Il en reste plein.
Tu deviens ce profile qu’on veut pour ami. Accroche ton portrait sur le fronton des églises et déclare que Dieu est d’accord.
Tu as 18 ans. Tu es déjà le saint blasé de Cioran. On se confie à toi comme à un sage, mais tu n’y trouves pas assez de matière pour en faire une chanson. Casse ta guitare et deviens migraineux. Tu sauras pourquoi pleurer.
A 30 ans tu es désespéré avec des envies de gosse attardé. C’est normal.
Le sexe est devenu ce truc aussi chiant que de lire un livre en entier.
A 40 ans tu te casses en Afrique en pensant que tu y apprendras quelque chose.
A 50 tu en reviens avec tout un tas de maladies que ton système immunitaire lyophilisé non gras, non sucré, et sans goudron n’a pas su gérer.
Tu décides d’en finir rapidement et tu avales ton téléphone portable, tout en composant le numéro de cette fille que tu as oublié d’aimer.
Adeline Grais-Cernea is au lit dans le texte.
Standard, Amusement, T.I.N.A ed. è®e. Marion Paris Grosse Pute,
"Le Bon Sens de la défaite";"TELECTOR 07"; "Once upon a room": "Entretiens avec AGC", "Spasmes de la vie ordinaire"
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