VODKACOCA | Sélections particulières et parisiennes | Agenda pour la nuit, vernissages, soirées, concerts et club à Paris Sélections particulières et parisiennes

Mathias Richard REAL COOL TAÏME (HOMMAGE TOTAL RON ASHETON, 6) : http://www.deezer.com/track/143893.

Ringo Maria Bolzano is and so it is.

Antoine Dole , et le réveil sonne dans 4 heures...

Audrey Katz Chépuky a un nouveau petit ami: il s'appelle Tenia.

Justine Allain aimerais un chat.

Joan Carassus samurai champloo dans mon lit.

Benjamin Maurice aimerait bien tirer sa reine...

Rémi Ferrante MIND SNOWIN.'

Maud De Montigny - Give me Your ...

Julien Pradeyrol le meilleur de 2008 en 20 tracks de dance music c'est là: http://fairtilizer.com/playlists/9648.

Elisabeth Kovacs plie les gaules.

Ariane Geffard j'ai décidé de ne plus dormir la nuit.

Xavier Faltot / Fabriquer le futur nous regarde !

le singe et la souris

Jeudi 24 juillet, 2008 • Par Adeline Grais-Cernea • Catégorie: Once upon a fuck

Le bien et le mal, le bon et le mauvais, le rouge et le noir, le singe et la souris.
En nous. Le singe. Et la souris.
A tout âge. Le singe. Et la souris.
Ils s’aiment. Alors ils se battent. Et ne lâchent rien.
Le singe et la souris.
Ce n’est pas une chanson. Pas la peine de chanter, chantent le singe et la souris.
On sait ce qu’ils veulent ?
On leur a pas demandé. Le singe et la souris. Le singe et la souris. Le singe et la souris.

Cardigan vert, lunettes de vue solarisées de sorte que je ressemble à Anouk Aimé ou bien à ma grand-mère qui se tient justement à côté de moi et avec qui je déguste un petit café, sur la terrasse, en cardigan parce que ça souffle un peu, au soleil parce que c’est tout de même l’été. Je regarde mon reflet dans la vitre qui donne sur la salle de lecture et j’y vois 2 petites vieilles, courbées qui dégustent leur café, au soleil, dans le vent et la chaleur de leurs cardigans.
Et je me dis alors : les hommes ne devraient rien faire d’autre que de larver au soleil. Il n’y a que ça de bon sur la Terre.
Et ma grand-mère me dit : Non, les hommes sont faits pour travailler ; les femmes, elles par contre, sont faites pour ne rien faire au soleil.
Elle est contente d’elle et se marre. Et de rajouter qu’elle avait compris que je parlais d’humanité. Que je parle toujours d’humanité, qu’il faut que j’arrête de parler de l’humanité et que je me concentre sur ma vie, plutôt que sur mon apparence voutée, plutôt que sur mon cardigan, plutôt que sur le soleil.

Le 20 décembre 2003 j’ai été admise en maison de repos. Pour me reposer.
Décision du juge. Il faut qu’elle se repose cette gosse.
J’avais été arrêtée pour possession de drogue. Je n’avais pas reconnu le diesel des flics. J’avais continué la ballade. Je m’étais assise sur un banc et j’avais fait ma petite affaire.
Le problème c’est qu’à la même époque on me filait des comprimés à base de morphine pour traiter des migraines qui manquaient me tuer régulièrement. Oh, pas que les migraines soient de violentes psychopathes qui cherchent à m’assassiner durant mon sommeil parce que je leur rappelle trop leurs mères, non, j’essayais juste de me défenestrer toutes les semaines tant les douleurs qu’elles m’infligeaient m’étaient par contre insupportables. Elle somatise on vous dit.
Ma famille et mes amis étant fatigués de devoir bâcher leurs fenêtres, voire me rattraper en plein vol, s’étaient tous mis d’accord et avaient envoyé une lettre pleurnicharde à un ponte de la médecine des céphalées le priant de faire quelque chose, de me prendre comme cobaye, de m’arracher le cerveau ou de me plonger dans le coma. Finalement la drogue s’était avéré être une solution plus simple et moins triste pour tous ces gens censés m’aimer.
On me faisait des analyses de sang tous les 5 jours et j’eus bientôt le bras droit aussi ecchymosé que celui d’une héroïnomane professionnelle. Alors quand les stup m’ont alpaguée pour avoir allumé un joint sur un banc, et qu’ils ont découvert la morphine, les seringues, et les bras plus troués qu’un Master Mind, ils ont carrément flippé et m’ont embarquée pour l’hosto, direction désintoxication.
J’ai eu beau essayer de leur expliquer. Je suis malade. J’ai le droit de prendre ces trucs. C’est un traitement. Demandez à mes parents ! Tout ce qu’ils ont réussi à me dire c’est : « On se laissera pas berner par une tox sous prétexte qu’elle a une gueule à sortir du conservatoire. »
Bon. Bah direction l’hôpital. Je peux passer un coup de fil ?
Je suis passée devant le juge quelques semaines plus tard pour avoir fumé de la marijuana dans un lieu public et en avoir suffisamment dans mon sac pour alimenter toute l’école primaire du coin. Il n’a rien dit pour les seringues mais a cru bon de faire fusionner les problèmes pour arriver à une solution synthétique. Il a voulu tout d’abord m’envoyer en classique cure de désintoxication (persuadé que je n’étais définitivement pas une vendeuse) mais un sbire est venu lui rappeler que tous les centres étaient saturés et qu’il n’y avait plus de place pour une jeune morphinomane de conservatoire. Alors il s’est rabattu sur les maisons de repos. Là encore, un homme est arrivé et lui a dit qu’aucun lit n’était disponible dans la région. Alors il a réfléchi et tranché. C’est comme ça que je me suis retrouvée en maison de retraite. A 23 ans. Le seul endroit où il restait de la place.
J’ai eu envie de dormir. DE DORMIR. J’ai eu envie de dormir pendant longtemps et je me suis couchée persuadée que j’allais m’évanouir pendant au moins 60 ans durant lesquels on me maintiendrait en vie pour me réveiller un beau matin, midi, soir (je n’avais pas vraiment réfléchis à ça en fait) pour me dire : _ _ Et bien bonjour ! Alors ? Pressée de vivre à fond la caisse maintenant ?
_ Et bien là à brule-pourpoint j’ai envie de dire non, mais qui sait comment 60 ans de coma ont pu agir sur mes névroses hein. Le doute étant nécessaire à la foi, je préfère répondre advienne que pourra, ce qui n’a pas vraiment de sens, mais qui démontre tout de même que je connais encore mes proverbes. J’avais presque hâte. Et je me suis couchée en souriant.
Je suis restée là pendant 7 mois. J’ai appris à vivre avec les vieux qui s’étouffent, les vieux qui crèvent, l’odeur de pisse, la bouffe broyée, la revue de presse qu’on vous lit à 2 à l’heure et comme si de toute façon vous n’y compreniez rien, avec les petites chambres, et les petites vues.
En Mars, ma grand-mère est arrivée. Elle s’était inscrite là exprès. Pour avoir une copine direct. J’avais l’impression d’être en colo et d’être poursuivie par une petite sœur qui ne voulait pas me lâcher. Et puis j’ai apprécié sa compagnie. J’ai apprécié ses histoires de famille que j’écoutais comme si ce n’était pas ma famille. Comme si ce n’était pas ma grand-mère. Comme si ce n’était pas ma vie.
Je suis sortie en juillet, après avoir bu un petit café sur la terrasse avec elle. Je lui ai offert mon cardigan, j’étais triste de la laisser. J’ai été saluer les vieux et j’ai laissé mes migraines au réfectoire, dans une bouillie qui passait par là.

Je suis retournée vivre chez mes parents un moment. Pour faire transition.
Le premier lendemain fut déterminant.
J’étais seule. Ils étaient tous partis au boulot. Les fenêtres étaient toujours condamnées par des barreaux -Finalement, on avait réussi à me foutre en taule.
J’ai tourné en rond toute la journée. Je me suis dit : « Tu tournes en rond ma pov’ fille ». Alors j’ai décidé de vraiment tourner en rond, pour arrêter de tourner en rond. T’es bourré ? Bois un coup, ça ira mieux !
Je me suis donc mise à tourner sur moi-même. Dans le salon. J’ai commencé doucement. Doucement. Puis un peu plus vite, un peu plus vite et j’ai fini à fond la caisse pour finalement ma viander salement sur le jonc-de-mer. J’ai pensé à ces patineuses artistiques qui font la même chose pour clôturer leur performance et qui s’arrêtent net, les yeux bien en face des trous, et qui sourient pendant des heures au public, sans donner l’impression qu’elles vont chavirer un seul instant.
Moi je chavire. Sec, souvent et pratiquement pour tout.
Mes parents partent en voyage : je chavire.
Mes amis se marient : je chavire.
Mon frère se déconnecte d’MSN : je chavire.
Un inconnu quitte le wagon : je chavire.
Le sentiment d’abandon est un lieu commun, donc stoppons court les analyses et admettons seulement qu’un rien me fait chavirer. D’ailleurs…non rien : et chavire.
Je me suis relevée difficilement. Volonté de tout contaminer : le salon tourne, la maison tourne, c’est toute la ville qui tourne, tourne la Terre, oui mais ça on le savait déjà.
On devrait tout assimiler comme on apprend ses tables de multiplication.
Alors on apprendrait tout et l’on retiendrait tout. Et son contraire.
On saurait tout par cœur. Le vrai, le faux. Le juste, l’idiot.
On connaitrait les paradoxes. Oui, mais par cœur. Et à chaque fois, l’on serait sûr de soi.
Brasilia est la capitale du Brésil.
Brasilia est la capitale du Brésil.
Brasilia est la capitale du Brésil.
Rio est la capitale du Brésil.
Rio est la capitale du Brésil.
Rio est la capitale du Brésil.
Repeat after me.
Je t’ai aimé dès que je t’ai vu.
Au début je ne pouvais pas te piffer.
Appuis sur la case rouge.
The man in black is Jack.
Je t’ai aimé dès que je t’ai vu.
J’ai apprécié ce gigot qui était bien trop cuit, bien trop salé et qui s’est avéré être du veau.
Excuse my french.
1X2=2
2X1=2
La seule différence c’est que chaque même et bon résultat à sa propre table de multiplication.
J’en déduis que la nature des être vivants peut être divisée.
La nature des êtres vivants peut-être divisée.
Par ? Je ne sais pas quoi. Mais je vais tâcher de l’apprendre par cœur.

Je suis ensuite allée dans la bibliothèque. Là où se trouve le piano.
J’ai ouvert le piano et me suis mise à faire tout bonnement n’importe quoi pendant près de 10 minutes en me persuadant que j’étais le plus génial des compositeurs, comme si tout ce que je faisais avait un sens mélodique, comme les enfants qui y croient vraiment et qu’il faut sortir du jeu en leur répétant 15 fois « LE GOUTER EST PRÊT BON SANG DE MERDE !! » J’étais dans une euphorie telle que l’atrocité que je produisais n’était même pas désagréable à mes oreilles, pour mes petits doigts infatigables infatigants. Au bout d’un moment, je me suis quand même rendue compte que tout cela ne rimait strictement à rien qu’à me faire perdre un peu plus de temps. Mais je continuai malgré tout, poussée par le sentiment que ce don magique allait enfin arriver. Les planètes sont alignées, le rayon passe dans le cristal, la porte s’ouvre, la musique est là, parfaite ! Ok. Je ne sais pas jouer. On ne m’en voudra pas d’avoir essayé. Après tout, il fallait savoir. Ca aurait été complètement con de passer à côté d’un potentiel inexploité. Bon. Maintenant, au moins, on savait.
J’ai fermé le piano en me disant qu’il fallait se remettre dans la vie.
Une partition a voltigé. Des notes que je ne déchiffrerai jamais.
L’histoire d’un singe et d’une souris. Je me demande ce qui leur est arrivé.

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Adeline Grais-Cernea est au lit dans le texte. BORDEL n°9 (en librairie),Standard Magazine, AMUSEMENT, T.I.N.A ed. è®e. Marion Paris Grosse Pute, "Le Bon Sens de la défaite";"TELECTOR 07"; "Once upon a room": "Entretiens avec AGC", "Spasmes de la vie ordinaire"
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